« L’affaire Sonko », entre éducation du peuple et consolidation de la République


Le calme est revenu dans les rues des grandes villes du Sénégal après près d’une semaine de
manifestations violentes et de contestation de légitimité. L’opposition endormie par une
anesthésie générale dont seul le Président Macky Sall détenait le secret jusqu’ici, s’est saisi
brutalement de ces explosions de mécontentements et de ras le bol populaires pour « exiger »
une renégociation du pacte politique. Ainsi, entre colère populaire et déclarations incendiaires
instruments d’un populisme désuet, se dessine un nouvel échiquier politique que semble
imposer triomphalement l’opposition. Une banale histoire de « viol supposé » est passée par
là, avec son lot de sidération, de morosité et d’exaspération. Qui l’eût cru ? Qui pouvait
penser un seul court instant que notre démocratie était si poreuse, qu’une simple affaire de
mœurs pouvait la secouer ? Les scènes de pillage, de vandalisme de biens appartenant à
autrui, de violence inouïe gratuite se sont imposées à nous comme le « seigneur des
horloges ». Notre paisible quotidien était devenu une sorte de rappel de tout ce que la nature
humaine comportait de bestial. Et plus qu’un « état de catastrophe naturelle et sanitaire », un
amer goût d’état de siège s’empare des citoyens.
Pour l’histoire, cela nous rappelle les moments de trouble de 1988, suite à la première élection
présidentielle du dauphin du président Senghor. Nous avions déserté les cours au Lycée
Malick Sy depuis le début du mois de janvier pour fait de grève. Et pour cause… une crise
économique et sociale profondément exacerbée. Le Président Abdou Diouf venait d’être
confirmé dans ses fonctions avec plus de 73 % des suffrages, ce 28 février. Il est en même
temps renforcé par la majorité très confortable du Parti Socialiste aux élections législatives de
la même date qui lui conférèrent les 103 sièges sur les 120 à l’assemblée nationale. La
contestation de ces résultats par l’opposition d’alors conduisit le pays à des troubles sans
précédent. Émeutes et affrontements avec les forces de l’ordre émaillaient le paysage
politique, conduisant ainsi à la proclamation de l’état d’urgence. Et, c’est avec stupéfaction et
regret que nous accueillions le communiqué du ministre de l’Education annonçant la
« fermeture des écoles jusqu’à nouvel ordre » en pleines « fêtes de la jeunesse ». Et pourtant,
nous étions loin de penser qu’un jour viendrait où le peuple sénégalais vivrait une tension plus
chaotique que celle qu’il a vécue en 1988. Hélas ! L’histoire vient nous démentir trente-trois
ans plus tard.

Ce qui est communément appelé « l’affaire Ousmane Sonko » nous a fait connaître de
nouveaux maux, imaginer de nouvelles stratégies individuelles de sortie de crise, construire
d’autres relations avec nous-mêmes et avec les autres. Mais, nous avouons notre incapacité à
supporter la banalité de la violence et de la mort que veulent nous imposer certains acteurs
socio-politiques. Et, nous crions sur tous les toits notre haine de toutes ces pratiques
récurrentes lâchement criminelles qui nous arrachent quelques-uns de nos proches à chaque
période pré-électorale. La comptabilité de ces pertes en vies humaines est devenue presque
futile pour montrer la gravité des situations de querelles de pouvoir. Le pouvoir a reculé, nous
a-t-on dit. C’est justement parce que gouverner, revient aussi à savoir faire des concessions.
Pour le cas d’espèce, le discours historique de décrispation du Président Macky Sall l’aura
bien hissé sur l’échelle d’estime des sénégalais épris de justice et de droit. Quoique difficile à
prendre, cette décision d’assumer devant Dieu et les hommes, une faute ou des errements
moraux dont on n’est pas l’auteur, a été prise. Il a fallu le faire pour que le pays poursuive sa
respiration, pour que les citoyens restent debout. Cette prise de parole du « premier de
cordée » qui lui a permis de garder la main était bien empreinte de gages, de responsabilité et
de garanties pour la jeunesse.
Cependant, nous oublions souvent que le fondement de ces comportements de déviance et de
défiance, sous l’expression que nous leur avons connu, n’est pas uniquement lié au marasme
économique et à la pauvreté. Ces deux indicateurs sont superficiels. Le soubassement réel de
tous ces écarts de comportement n’obéit qu’à une seule chose : la carence de civisme ou
d’éducation à la citoyenneté. Et c’est de là que transparaît toute l’activité du Ministre de la
Jeunesse depuis plus d’une année maintenant. En effet, depuis le premier cas importé de
Covid-19 au Sénégal, nous avons tous vu cette jeune femme se dépatouiller dans la marre des
défis pour se transformer en véritable « agent de Santé », et son ministère, en bras actif du
Ministère de la Santé et de l’Action Sociale. Néné Tall a pu réussir à faire de la sensibilisation
contre le coronavirus son affaire. Très impliquée, nous l’avons vue partout, se battant pour le
succès de l’IEC sur la pandémie. Cela ne l’a pas empêchée de descendre constamment sur le
terrain, pour défendre son mentor, cette fois-ci éclaboussé par le « scandale Sonko ». En tout
cas, elle était visible par tous ceux qui voulaient bien la voir sur les plateaux de télé et dans la
banlieue de Dakar. Dès lors, il nous est particulièrement désagréable de constater pour la
rejeter, cette abjecte opinion de certaines personnes dont le dessein secret serait d’organiser
sournoisement l’impéritie du Ministre de la jeunesse. Or, qui ne l’a pas entendue pointer du

doigt l’incomplet parcours citoyen de la majorité des jeunes, ou inviter la jeunesse à une
nouvelle forme d’engagement citoyen ?
La série de violences perpétrées sur des sénégalais et/ou leurs biens serait donc moins du fait
de la chute vertigineuse d’un pouvoir d’achat et de ses corollaires que d’une carence de
civisme. Peut-on aimer sa patrie et vouloir en même la réduire à feu et à sang ? Cette affaire
qui défraie la chronique pose ainsi le lien ombilical entre l’éducation des sénégalais en tant
que peuple et la consolidation de notre République. Si la majorité des jeunes est aujourd’hui
épinglée dans « l’affaire Sonko », c’est parce que nous sommes convaincus que l’éducation à
la citoyenneté bien aboutie est le seul socle des modes de conduite morale et civique.
L’« indiscipline » de la jeunesse constitue un ralentisseur de l’épanouissement individuel et
collectif. L’État du Sénégal doit repenser le cursus citoyen de nos élèves et étudiants, de nos
jeunes d’une manière générale au moment où le peuple ressent un immense besoin de
remédiation républicaine. Ce cursus de citoyenneté peut être compris comme l’ensemble des
stratégies destinées à favoriser chez nos jeunes l’appropriation des valeurs de la République,
leur permettant d’être plus tard, des citoyens responsables. Mais, tout le monde est conscient
de la pauvre place réservée à l’enseignement de l’éducation civique par nos enseignants. A
l’école élémentaire,  l’Éducation civique, bien que figurant dans le sous-domaine « Éducation
au développement durable » du Curriculum de l’Éducation de base (CEB), disparaît le plus
souvent dans la pratique de classe. D’ailleurs, en réalité, personne ne peut nier qu’au
Secondaire le HG passe avant l’IC. Or, l’éducation à la citoyenneté vise à installer chez le
jeune l’esprit du total dévouement à la République, ainsi qu’un profond respect de l’État et du
bien public. Alors, que deviennent nos jeunes lorsque cet enseignement est peu considéré ?
Que se passe-t-il dans un pays quel qu’il soit, lorsque ce parcours est escamoté ?
La cause est entendue : plus jamais ça ! Nous estimons qu’en dernière analyse, que le
renforcement de l’Éducation à la citoyenneté doit être hissé au rang de priorité nationale, si
nous voulons éviter de revivre ce genre de situation. Ce n’est qu’en mettant le focus sur la
qualité du parcours citoyen que les jeunes pourront acquérir certains réflexes comme la
fructification des investissements de l’État, la protection et la veille sur les biens publics. Cela
permettra également de développer chez les jeunes, certaines capacités liées au sacrifice
suprême pour le drapeau national, à la confiance en l’État du Sénégal et au respect de la loi et
des droits.
Lamine Aysa Fall

Responsable APR/ Thiès Nord
lamineaysa@gmail.com


Samedi 20 Mars 2021 08:25

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